Tibicina garricola n. sp., Cigalé méconnue du Sud de la France (Hom. Cicadoidea)

par Michel BOULARD

J e donne ici la description précise d’une cigale appartenant au genre Tibicina et dont les représentants ont été confondus soit avec T. quadrisignata (Hagen, 1855), soit avec T. tomentosa (Olivier, 1790) . T. garricola n. sp. présente la maculature thoracique de 1a première, mais en jaune ou en ocre, et la taille de la seconde dont elle ne possède pas, même à l'état frais, la pruine cireuse et grisâtre qui recouvre le corps.

Holotype mâle (fig. 1).

Tête yeux compris, moins large nettement que le mésonotum; entièrement noire, hormis la. plus grande partie des arcades antennaires et le sommet clypéal ocre; une tache ponctiforme rougeâtre à l'arrière médian du frons et une autre soulignant l’ocelle médian; les ocelles relativement éloignés les uns des autres, la distance entre les latéraux de peu inférieure à celle séparant chacun d'eux de l'oeil voisin. Scapes noirs, couronnés d'ocre-jaune, le reste des antennes:noir. Sillon médio-clypéal particulièrement encaissé; la plus grande partie du postclypéus bistre noirâtre sauf l'apex ocre-rouge; antéclypéus noir, rostre court n'atteignant au repos que l'apex des hanches moyennes..

Thorax:aire interne du pronotum noire avec de larges fascies cunéiformes grenat; le sillon médio-longitudinallarge et ocre; aire externe étroite, ourlée postérieurement de jaune, cette couleur s'étalant avec les lobes supra-huméraux mais s'estompant sur les marges latérales; celles-ci subarrondies. Mésonotum noir bordé irrégulièrement de jaune et portant sur le scutum les quatre macules lunuliformes jaunes; x scutellaire jaune, sa partie centrale envahie d'un brun plus ou moins diffus; ses flancs.: bistre et obliquement sillonnés. Partie visible du métanotum:jaune. Opercules comme sur la figure 2.

Pattes:hanches noire ou d'un brun plus ou moins sombre sur leur moitié longitudinale externe; fémurs, trochanters, tibias et tarses 1 et 2:bistre ou brunâtre; tibias 3:bruns au départ puis ocre jaune; tarses 3: jaunes. Profil des fémurs antérieurs comme sur la figure 3.

Ailes.:homélytres hyalins à nervation d' abord jauné puis bistre à noire dans toute l'aire apicale; costa tracée de noir, cellule basale d'un jaune parcheminé. Ailes postérieures transparentes à nervures bistre sauf la première cubitale:jaune; jugum portant une macule bistre en son centre.

Abdomen tergites noirs, bordés plus ou moins largement d'ocre-jaune, cette teinte envahissant la presque totalité des latérotergites II; sternites de même, àvec en plus de l'ocre sur les côtés. Cymbales très bombées, à 9 longues côtes régulières et parallèles alternant avec 8 petits sclérites en S étiré, dont la taille croît de l'antérieur au postérieur.

Genitalia et terminalia comme sur 1a figure 4. Sonogramme la cymbalisation débute brusquementet généralement sans à-coups préparatoires, au contraire de la plupart des autres Tibicines, et pour se terminer de même. Elle consiste en un long sifflement, pouvant durer une à deux dizaines de minutes en continu, et fait de signaux rigoureusement identiques. La répartition fréquentielle de l'énergie sonore s'échelonne en bandes bien distinctes, à partir_ d'un fondamental donnant entre 6000 et 10000 Hertz, puis de 8000 en 8 000 Hz supérieurs pour les harmoniques (fig: 5). Ces derniers, très remarquables ici par leur intensité, sont pratiquement absents sur les sonogrammes de T. quadrisignata dont la cymbalisation paraît la plus voisine.

Allotype femelle.

Habitus identique à celui du mâle.

Dimensions principales, en millimètres, des spécimens types:

Mâle Femelle Longueur totale. 35 35 Longueur du corps.. ............ 26 26 Envergure 66 64 Largeur de la tête,yeux inclus... 8 8 Largeur du mésonotum. 8,6 8,6 Longueur de l'homélytre.. 29 28 Plus grande largeur de l'homélytre.... 12 12

Matériel examiné Holotype mâle, allotype femelle, 5 -paratypes mâles et 5 paratypes femelles, environs d'Eyguières, juillet 1977 et 1978, Michel Boulard réc.; 5 paratypes mâles et 5 paratypes femelles, environs de Montpellier, juillet 1983, Michel Boulard et Jean-Michel Maldès rée., Muséum national d'Histoire naturelle, Paris (Entomologie).

Plantes-hôtes Tibicina garricola affectionne les garrigues particulièrement arides, celles où prédominent le chêne à Kermès (Quercus coccifera L.), «garri» ou «garrig>> en Langue d'Oc, d'où le nom donné à cette espèce. Mais elle se nourrit également sur l'Yeuse, l'Arbousier, le Sarothamne et sur les Cistes.